· RESF 71

RESF 71
Réseau Education Sans Frontière de Saône-et-Loire

Recherche sur le site :
Dans la même rubrique :
Publié le 28 mars 2007 par Webmaster
Publié le 8 octobre 2006 par Webmaster
Accès direct
La situation des roms, au del ? du cas Demaili.

Article mis en ligne le 12 décembre 2006 par Webmaster  

au nom des associations ou organismes suivants :

Association indépendante des Parents d’élèves - Fédération des Conseils de Parents d’élèves - Secours Catholique - Les Amis du CADA - Amicale des locataires du Quartier de la Gare - Les Nouveaux Rendez-Vous - Secours Populaire - Comité de vigilance en soutien à la famille DEMAILI

à

Madame la PREFETE de Saône-et-Loire 71000 MACON

Madame la Préfète,

La famille Demaili est arrivée à Montchanin le 27 octobre 2005 où elle réside depuis cette date. Cette famille, qui fut victime de mars à juin 1999 des bombardements à Podujevo, victime de l’intervention musclée, chez elle, de soldats UCK, masqués et armés, a du quitter le Kosovo après que sa maison ait été dévastée, pillée lors de ces agressions. Elle a rejoint Subitica en Voïvodine(Serbie) le 7 juillet 1999.

Malgré ses efforts pour retrouver des conditions de vie tout juste tolérables, M Demaili, commerçant, n’a pu obtenir de permis de travail et s’est très vite trouvé confronté à l’hostilité des autres commerçants serbes. Malgré tout, il persiste à vendre des vêtements pour assurer le minimum vital à sa famille. Ses enfants sont agressés, humiliés à l’école où leur origine rom leur vaut d’être traités dans l’indignité la plus insupportable. Puis vient le jour, de sinistre mémoire, du 15 juillet 2005 où, sur le marché, M Demaili est de nouveau victime d’une agression, plus grave qu’à l’ordinaire. Son stock de vêtements est dévalisé ; il fait l’objet de menaces de mort et n’obtient aucune protection policière.

C’est dans ces conditions de crainte pour la vie de son épouse, celle de ses enfants et la sienne que la décision est prise de fuir un pays dans lequel sa seule origine ethnique, au cœur du conflit qui déchire le Kosovo et la Serbie, le condamne, lui et sa famille, aux plus grands dangers.

Son arrivée sur le territoire national se fait dans le plus grand dénuement.

Pour autant, M Demaili et son épouse vont tout faire pour intégrer au mieux la société française. Leur passage rapide à Chagny n’aura pour seule conséquence que d’entraîner un vrai courant de sympathie à l’égard de cette famille qui met tout en œuvre pour s’inscrire discrètement dans le tissu local. Cette façon qu’ils ont de ne pas étaler la douleur de la misère dans laquelle ils ont été plongés, cette volonté de vivre avec et selon les habitudes de leur nouvel environnement, cette opiniâtreté à faire que leurs enfants s’inscrivent avec sérieux et respect dans le cadre de vie nouveau qu’ils découvrent, tout cela concourt à créer autour d’eux l’envie de les aider à franchir le cap toujours difficile d’une bonne intégration. De nombreux témoignages vous en ont été transmis.

A Montchanin, leur comportement reste le même. Leur installation dans un appartement du quartier de la Gare ne pose aucun problème de voisinage. Il s’agit pourtant d’un quartier où nous devons malheureusement déplorer quelques incivilités ; mais jamais, depuis plus d’un an qu’ils y résident, aucun de leurs enfants n’a été compromis dans aucune d’entre elles. Et les parents mettent un point d’honneur à ce que l’attitude de leurs enfants soit irréprochable. Encore une fois, les Demaili se sont intégrés discrètement dans la cité qui les accueille. Les enfants les plus jeunes, Elvis et Sabina sont inscrits à l’école élémentaire Curie-Pasteur. Leur assiduité scolaire est exemplaire et leur participation à la vie des classes n’appelle aucune remontrance : ce sont des élèves attentifs, motivés par le désir d’apprendre et qui obtiennent des résultats tout à fait satisfaisants ce qui leur permet d’apprendre la langue française et de progresser rapidement. Leur vie sociale au sein de l’école est riche de franches camaraderies.

Au collège Anne Frank, le comportement d’Isuf est tout aussi satisfaisant, qu’il s’agisse de son investissement dans la classe de 3ème où il se trouve, ou des relations amicales qu’il a su créer autour de lui.

Elfan suit, au lycée Léon Blum du Creusot, une formation en BEP métallier, dans des conditions d’intégration identiques à celles de ses plus jeunes frères et sœur, ce qui devrait l’autoriser à une sortie qualifiée d’un cursus scolaire rendu plus difficile pour lui que pour bien d’autres jeunes de son âge.

Les parents fournissent aussi de méritoires efforts pour leur intégration. Monsieur Demaili dispose d’ores et déjà d’une promesse d’embauche à Chagny et continue d’explorer d’autres pistes d’emploi qui ne pourront se concrétiser que lors de l’obtention d’un permis de séjour. La maman suit assidûment et activement, avec le fils aîné Emra, jeune père de famille et son épouse Fikreta, les cours de français que dispense LUTILEA.

Nous sommes donc en face d’une famille qui met de son côté tous les atouts pour intégrer, dans les meilleures conditions possibles, la société française, sa culture et ses pratiques habituelles de vie et qui sait, par son attitude à l’égard des gens, tisser des liens sociaux solides, basés sur le respect des autres et la volonté de la rencontre.

Malheureusement, par deux fois, l’OFPRA leur a refusé les titres de séjour qu’ils sollicitent.

Si l’on comprend bien la nécessité qu’il y a, pour la France, d’être vigilante sur l’attribution qu’elle fait de ces titres de séjour, on ne peut s’empêcher pour autant, de considérer que toutes les situations ne sont pas comparables et que dans le cas présent, les efforts considérables de cette famille en faveur de leur intégration à la collectivité méritent d’être observés avec une particulière attention.

C’est bien au strict plan des considérations humanitaires que nous voulons nous situer pour attirer l’attention que nous sollicitons de votre part. Une mesure de retour au pays pour ces gens déjà dramatiquement marqués par les souffrances qu’ils y ont subies, par les traumatismes infligés tant aux adultes qu’aux enfants, revient à une condamnation pure et simple de leur avenir sinon de leur vie.

Au Kosovo, comme en Serbie, rien ne peut aujourd’hui garantir les conditions minimales de dignité et de sécurité pour des familles roms.

Le rapport d’enquête sur la population rom, établi le 23 novembre 2004 par l’URYD - Union des Roms exilés d’ex-Yougoslavie est à ce titre dramatiquement éloquent : « (les Roms), aujourd’hui, vivent dans des conditions dramatiques, ils n’ont quasiment aucune liberté de mouvement et aucune protection face aux nationalistes extrémistes albanais. Du 17 au 21 mars 2004 nous avons assisté à une série de pogroms violents de la part de ces nationalistes visant la population non-albanaise du Kosovo-Metohija, ceci sous les yeux de la communauté internationale.

Dans ces villes,[ PEĆ, LJIPLJAN, DJAKOVICA, UROŠEVAC, PRVI-TUNEL, SRBICA, PODUJEVO et RESNIK] depuis juin 1999 Il n’y a plus aucun rom, ils ont tous été chassés ou tués. En Serbie, nous avons ... visité les camps, plus semblables à des bidonvilles, ... les Roms exilés du Kosovo-Metohija y ont été installés dans des baraques. ...Les conditions de vie pour les Roms dans les camps sont absolument désastreuses. Une grande misère : manque de nourriture, pas d’eau courante, pas d’électricité et aucune aide médicale. L’obtention d’aides ou de papiers est de plus un véritable chemin de croix insurmontable pour ces familles en détresse.

Il semble de toute nécessité que l’Etat de Serbie-Monténégro prennent des mesures rapides et efficaces d’une part afin de venir en aide aux personnes réfugiées et d’autre part afin de stopper les violences commises contre les Roms. »

Les termes du rapport commun du ERRC/ENAR/ERIO à l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE), en date du 19 novembre 2005 concernant la situation des Droits de l’Homme des Roms au Kosovo ne témoignent malheureusement pas d’une évolution favorable de la situation. Il souligne l’urgence et la nécessité de faire justice aux Roms du Kosovo « où malgré 6 ans d’administration de l’ONU, des exactions majeures se produisent. Le Centre Européen pour les Droits des Roms (ERRC), le Réseau Européen contre le Racisme (ENAR), le Bureau Européen d’Information sur les Roms (ERIO) ont établi un document pour presser la communauté internationale de mettre fin à l’impunité du nettoyage ethnique au Kosovo et de traduire en justice les responsables. ....Depuis l’été 1999, cela fait maintenant plus de 6 ans, qu’à la suite du retrait des forces Yougoslaves du Kosovo, lors de l’entrée des troupes de l’Otan dans la province et de la mise en place de l’administration de l’ONU, des personnes d’ethnie albanaise ont chassé Serbes et Roms de leurs foyers au Kosovo, utilisant des méthodes telles que la torture sous détention arbitraire, le viol, l’incendie criminel , les meurtres ciblés et la diffusion de menaces de violence généralisée. ...En ce qui concerne les Roms, Ashkalis, Egyptiens et autres catégories considérées comme « Tsiganes », le Kosovo est un vide quant aux droits de l’homme. Les Roms et autres populations dites « Tziganes » ont été, quant aux droits de l’homme, aux yeux de la communauté internationale, la dernière des priorités ; et il n’a jamais été envisagé la nécessité d’une action à la hauteur des précédentes interventions que les droits de l’homme avaient motivées au Kosovo. Relativement aux faits de nettoyage ethnique et autres graves violations des droit de l’homme qui affectent ces groupes, il y a eu déni de justice et/ou prise d’un retard considérable.

« Dans ce contexte, précise en février 2006 M. Alvaro GIL-ROBLES, Commissaire européen aux Droits de l’Homme dans son rapport sur la situation des Roms, Sintis et gens du voyage en Europe, à l’attention du Comité des Ministres et de l’Assemblée parlementaire, il est évident que les circonstances actuelles ne sont pas encore propices à un retour durable, et dans de bonnes conditions de sécurité, des Roms au Kosovo. J’exhorte par conséquent tous les pays d’asile à renoncer à renvoyer des Roms au Kosovo ou à les autoriser à n’ y retourner que sur une base strictement volontaire. »

Les recommandations que formule Amnesty International, en date du 24 juillet 2006 quant aux négociations sur le statut final du Kosovo sont elles aussi sans ambiguïté : rien ne garantit aujourd’hui pas plus qu’hier, le strict respect des droits de l’homme élémentaires en Kosovo-Serbie et tout porte à confirmer qu’ils sont quotidiennement bafoués au détriment de la dignité, de la sécurité, de l’intégrité des roms.

Enfin, la note d’information du 31 juillet 2006, rédigée par les stagiaires en « master 2 - sciences politiques » de l’Université de Trèves (Allemagne) vient de nouveau corroborer les constats et arguments développés précédemment : « Les problèmes politiques du Kosovo hérités de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie n’en finissent plus de générer des mouvements de population et demandes de protection. A l’heure où les négociations à propos de son statut définitif continuent d’achopper, « qu’une solution n’est pas prête d’être adoptée », selon le Secrétaire Général des Nations Unies et que les informations sur les améliorations du contexte sécuritaire nous parviennent néanmoins, il nous a semblé opportun d’examiner les possibilités effectives de retour dans la province et l’actualité des craintes et persécutions notamment à l’encontre des Roms....... Walter Kälin, le représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies pour les personnes déplacées a indiqué que les minorités du Kosovo qui ont tenté un retour ou ont été rapatriées, sont victimes de discriminations, de harcèlement et doivent faire face à des conditions de vie extrêmement précaires qu’il a qualifiées de « pauvreté grave ».... La police ne souhaite pas enquêter sur les incidents de pillages et sur le harcèlement. L’impunité dont continuent de bénéficier les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité force les rapatriés à vivre côte à côte avec les auteurs des pires violations des droits de l’homme. Les rapatriés sont confrontés à un système organisé de mise au ban de la société qui se traduit par des discriminations et des provocations. .. L’UNHCR a diffusé une prise de position le 16 juin 2006 ...(qui).. .s’adressait directement aux Etats et institutions amenées à prendre des décisions concernant aussi bien les personnes originaires du Kosovo qui devraient continuer à recevoir une protection internationale dans un pays d’asile que celles qui peuvent être rapatriées au Kosovo. ... L’UNHCR estime donc que les Roms doivent continuer à bénéficier de la protection internationale des pays d’asile et que leur retour devrait être strictement volontaire et motivé par des décisions personnelles pleinement informées. Selon l’UNHCR le retour forcé vers d’autres parties de la Serbie n’est pas non plus envisageable.... »

Aussi, et en vertu de tout ce que nous avons pu évoquer dans ce trop long courrier, nous nous permettons, Madame la Préfète :

• de solliciter audience auprès de vous pour évoquer de nouveau la question de l’avenir de la famille Demaili

• de faire appel à votre sens profond du respect de la dignité humaine pour que tout soit fait en faveur du maintien sur notre territoire de cette famille à qui l’on ne peut certainement rien reprocher qui lui vaille la condamnation sans appel que constituerait pour elle le retour en Serbie-Kosovo.

Le message que nous portons aujourd’hui à votre attention est soutenu par près de mille signatures recueillies chez nous en solidarité avec les Demaili. Nous ne manquerons pas de vous les remettre lors de ce prochain rendez-vous.

Dans cette attente, nous vous prions de croire, Madame la Préfète en notre considération respectueuse.

A Montchanin, le 13 décembre 2006

Le forum Répondre à cet article (pas de message pour le moment)
Ce site à reçu 272648 visites dont 47 aujourd'hui.Maxi/24 h. : 126 visites.  Moyenne : 87 visites/jour.
Site réalisé sous SPIP d'après le squelette Durzy - 2006 - Plan du site - Espace Auteurs